La face cachée du bouton facebook-like: réflexions sur le fait d'aimer ou d'ignorer.
Il est tout à fait naturel d’avoir eu une vive réaction au brulot incendiaire de madame Nathalie Elgrably-Lévy, Non au mécénat public sur le site du Journal de Montréal. Je pense pour ma part que ce ne sont pas tant les idées qui peuvent susciter une aversion. Mais bien plutôt l’indolence de l’argumentaire qui se limite à l’aune superficielle de la doxa pour instruire un dogme en digne héritier des idéologies les plus nauséabondes et dangereuses.
Mais laissons de côté, un moment, les fanatiques et essayons de voir une particularité technique que ce texte soulève sur la grande toile. En effet, si l’on retourne par masochisme sur le site du journal de Montréal l’on sera peut être surpris de constater le nombre de « like » (à l’heure actuelle deux mille) dont ce court traité d’insignifiance profite. Ceci va nous permettre d’aborder une caractéristique technique qui ne sera pas inintéressante, je crois, de mettre en perspective par la suite. Avant tout, le mystère de tous ces « like ». La fonctionnalité « like » est apparue il y à peine un an sur la toile et l’on peut attribuer cette dernière aux développeurs de facebook. Le succès fut immédiat. Au point que, dès son apparition, la trouvaille a bouleversé en partie nos habitudes et a participé grandement au succès en flèche de facebook. Il faut dire qu’auparavant il était possible de partager par la fonction « share » qui permettait aussi de rajouter un commentaire sur ce qui était partagé. Mais rappelez-vous, il fallait cliquer sur le bouton « share », une fenêtre, puis si on le voulait on pouvait rajouter un commentaire pour ensuite cliquer à nouveau pour renvoyer le tout sur son mur. Sur cela le « like » est apparu pour signifier le goût que l’on avait pour un élément sur l’ensemble du net. Et sa plus grande qualité fut probablement, comme toujours sur le net, son économie de moyen. En effet, il ne suffisait plus que de cliquer une fois et l’ensemble de notre communauté ami pouvait avoir connaissance de ce que l’on aimait et que l’on voulait… partager. Conscient de cela le trombinoscope tentaculaire bleu et blanc a décidé, il y a peu, d’assimiler tout élément « share » à un « like ». Les fonctions sont devenues ainsi discontinuées.
En réalité, c’est un tout petit peu plus subtil que cela. Il est très probable que les programmateurs laissant une fonction « share » très résiduelle décidèrent de la lier intimement à la fonction like. En fait, l’algorithme calcule le nombre de « share » et si personne ne « like » aucun n’apparaitront. En revanche, si une seule personne « like » l’ensemble des « share » et « like » seront assimilés comme identiques. Et nous nous acheminons peu à peu vers notre sujet de départ. En effet, grâce à cette manipulation comptable madame Nathalie Elgrably-Lévy obtient 2000 « like » comme par miracle. Il faut se convaincre qu’il n’existe pas deux mille personnes pour soutenir ce court texte. Et s’il fallait n’en douter qu’un tout petit peu il suffirait, pour s’en convaincre définitivement, de recenser sur facebook le nombre de réponses réprobatrices, venant de tout horizon, au sujet de cette dame et les commentaires limpides qui ont suivis. Mais ce calcul du nombre de partage complètement faussé pose finalement de réelles questions. En effet, cela montre que la technique informatique et la manière dont elle décide, sur la toile, de traiter ses informations peuvent fausser la perception des représentations. Ici, Le problème n’est pas tant que le terme employé « like » soit erroné et offre des perspectives faussées. Mais bien plutôt finalement que soient assimilés les gens qui aiment et ceux qui partagent pour pouvoir mieux contredire et argumenter par la suite.
300 shares + 2 likes = 302 likes
0 shares + 2 likes = 2 likes
300 shares + 0 likes = 0 likes
Cela pose en fait un double problème que je soumettrais à votre perspicacité. Le premier est l’exclusion de fait de toute opinion autre que l’opinion à dimension positive. Nous assistons, avec certaines tendances des réseaux sociaux couplées aux injonctions marketing orientant la consommation, à l’imposition quasi exclusive d’une pensée du positif. Le positif à tout prix. Une sorte de dictature du bonheur ou en dehors du plaisir et de la jouissance; point de salut. Cette vision extrêmement déformée de la réalité sociale peut poser un problème et, comme l’augurait Guy Debord, participe de la séparation de la société du spectacle et de la réalité vécue. La vie ne peut se résumer à l’exclusion de toutes les pensées et évènements jugés négatifs. Ou alors acceptons-nous un projet de vie à moitié, de vie amputée où chaque élément qui la compose se retrouve identique par exclusion et indifférenciation. La toile numérique ne peut se résumer à « on aime » ou « on ignore » lorsque la toile de la vie humaine est autrement plus subtile et complexe.
Mais plus encore, cela pose probablement de réels enjeux démocratiques. Le champ des réseaux sociaux prennent de plus en plus de place dans les dimensions relationnelles et politiques de nos sociétés réelles. Les révolutions arabes en ont donné quelques exemples confus mais convaincants. Dans cette perspective, et afin de garantir les dimensions démocratiques de la pensée, la toile, par le biais de ses réseaux sociaux, se doit d’être le plus possible dans l’offre du débat d’idées, de la contradiction afin de participer à l’émergence, par le conflit, d’une éducation populaire partagée garante de l’idée saugrenue mais nécessaire de démocratie. Car cette confusion par assimilation soutient ironiquement les dogmes de Nathalie Elgrably-Lévy. En effet, par principe et comme elle nous le soumet, ce qui n’est pas aimé ne mérite pas d’exister sur la toile. De plus, les lois du marché étant divines point d’intérêt au débat d’idées, aux commentaires.
Et, finalement, c’est pour détourner cette frustration que, je pense, autant de personnes « like » les idées régressives conservatrices. Ainsi, est-il nécessaire, au travers de ce petit cas pratique, de se poser la question de l’incidence des dimensions techniques des réseaux sociaux dans une perspective prosaïquement politique. Tout une affaire, n’est-ce pas Madame Nathalie Elgrably-Lévy?












3 Commentaires
Jérémy Lloubes
Alors dans le fond il nous faut remplacer le bouton j'aime par un bouton qui permet d'apprécier le % d'amour d'une info =)un genre de barre ou le like (100%) serait à gauche et le dislike (0%) à droite, histoire de renverser la tendance politique donnée par le conservateurisme "insouciant" de ton exemple ;)
(j'expliquerai au besoin, c'est clair dans ma tête la mais jcomprends que ça puisse ne pas l'être pour kékun d'autre pis j'ai pas le temps d'écrire plus, le boss me watch ;)!)
Eric Paré administrateur
J'aime bien la façon dont c'est présenté avec les commentaires sur radio-canada.ca : "en accord" / "en désaccord". Ça nous donne un peu une idée des tendances, (sarcasme)en plus de nous permettre de nous laisser influencer par la masse (/sarcasme)Eric Paré administrateur
Je viens de faire un autre test, dont j'ai pu reproduire avec deux utilisateurs différents. Je partage la page sur mon profil fb, le compteur monte de 1, je like la page, et le compteur monte encore de 1. :) Donc 1 share + 1 like provenant du même utilisateur = 2 likes